Le patrimoine architectural varois : une histoire des bâtiments publics au XIXe siècle
Après le succès de notre exposition temporaire Le patrimoine architectural varois : une histoire des bâtiments publics au XIXe siècle, vous pouvez la retrouver en exposition virtuelle.
Les Archives départementales du Var conservent des documents d'architectes dans différents fonds. Qu'ils s'agissent d'archives privées ou publiques, de projets aboutis ou non, il existe une richesse et une variété de typologie de documents comme de bâtiments. Cette exposition, ouverte dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, se concentre sur les bâtiments publics du XIXè siècle. Les documents d'architectes ayant versé leurs archives à nos services sont cotés J : archives privées. Cependant, de nombreuses archives publiques contiennent des plans notamment pour des projets de bâtiments, d'ouvrages d'art, de lignes de chemin de fer, etc. Nous trouvons bien entendu les ponts et chaussées (séries O et S) ou encore l'administration (série N) et bien sûr les communes (E DEPOT).
Nous avons choisi ce corpus d'aquarelles d'Esprit Lantoin pour un projet de palais de justice, caserne et prison, à Brignoles, pour illustrer le vocabulaire architectural. Ainsi on peut voir différentes vues d'un bâtiment : l'élévation, où l'on voit la façade, la coupe, "tranche" verticale, le plan, que l'on connaît le mieux qui est une coupe verticale. Il y a également des plans de situation, dont certains indiquent les propriétaires qui seront expropriés pour réaliser le projet.
Projet d'un palais de justice, de prisons et d'une caserne de gendarmerie, Brignoles, plan parcelle, encre, crayon, aquarelle,20 juillet 1833. Fonds Esprit Lantoin.
Projet d'un palais de justice, de prisons et d'une caserne de gendarmerie, Brignoles, plan parcelle 2ème version, encre, crayon, aquarelle, 27 juillet 1833. Fonds Esprit Lantoin.
Projet d'un palais de justice, de prisons et d'une caserne de gendarmerie, Brignoles, plan parcelle 3ème version, encre, crayon, aquarelle [1833], Fonds Esprit Lantoin.
Plan et élévation du palais de justice, Draguignan, crayon, encre, aquarelle sur papier velin [XIXe]. Fonds Esprit Lantoin.
Les architectes
Les architectes peuvent être employés du département ou de la commune ou être indépendant. Nous trouvons ici un courrier-type d'un architecte indépendant proposant ses services.
Les bâtiments administratifs
Nous avons voulu mettre en lumière les différents bâtiments administratifs du Var pour lesquels nous possédons de très belles aquarelles d'Esprit Lantoin et d'autres architectes.
Autrefois jardin de la Préfecture, aujourd'hui, la partie supérieure est occupée par le parc Haussmann, parc public, à Draguignan, tandis qu'en bas, à gauche, une partie du jardin du Préfet est occupée par la Poste, à l'angle. Esprit Lantoin exercice ici un véritable travail d'artisite avec cette aquarelle, au-delà du dessin de bâtiment.
Jusqu'en 1974, Préfecture du Var, le bâtiment est aujourd'hui la Sous-Préfecture de Draguignan.
Parmi les bâtiments dessinés par Esprit Lantoin au cours de ses plus de 30 ans d'exercice comme architecte départemental, nous trouvons ici le rez-de-chaussée et le 1er étage de la mairie de Lorgues.
Ce plan de l'hôtel de ville de Cogolin présente la particularité de montrer sur le même document le plan de situation, deux plans de coupe et des détails comme par exemple la rampe, qui d'ordinaire se trouvent sur des documents séparés.
Les bâtiments religieux
Nous avons sélectionné deux projets d'églises de Draguignan.
Afin de préparer l'implantation de l'église de Draguignan (délibération communale dans l'image suivante), l'architecte communal, A. Guérin superpose, sur toile calandrée (même technique que le calque mais sur un papier à base de vieux chiffons et non de cellulose de bois), le schéma de l'église au cadastre. Cela permet de savoir qui il faudra exproprier (liste des propriétaires plus loin dans le dossier papier).
Plan du projet d'une église de Draguignan, superposé au cadastre. Les personnes résidant sur les parcelles concernées seront expropriées. Architecte A. Guérin. Encre, crayon, quarelle sur toile calandrée, 1862. 2 Op 50 / 15.
La créativité d'Esprit Lantoin s'exprime ici avec un projet, non réalisé d'église souterraine avec l'ambition d'accueillir 38 000 personnes dans l'édifice. Son père étant tailleur de pierre, il a trouvé à Draguignan une carrière de pierres tendre, qui a donné l'idée à Esprit de dessiné ce projet. Il est peint au lavis (dilution plus ou moins forte à l'eau pour réaliser les nuances d'intensité du gris).
Les bâtiments scolaires
Au XIXe siècle, des lois sur le travail des enfants sont d'abord votées, puis l'école gratuite, laïque et obligatoire se met en place. Pour accueillir les élèves, il faut créer des écoles supplémentaires ainsi que des écoles pour former les enseignants : les écoles normales.
Au XIXe siècle, des lois règlementent d'abord le travail des enfants puis instaurent l'école gratuite, laïque, obligatoire. Cela nécessite la création d'écoles pour les élèves mais aussi de former des enseignants. A. Guérin, l'architecte du projet d'église de Draguignan est devenu entre temps architecte départemental et a réalisé le projet d'école normale d'institutrices de Draguignan. Ce dessin est un avant-projet "à modifier", vous pouvez chercher les différences avec la carte postale suivante, représentant le bâtiment terminé.
Le bâtiment définitif de l'école normale d'institutrices. Vous pouvez chercher les différences avec l'avant-projet.
Ici nous pouvons voir le plan de situation de l'école normale d'institutrices. Les élèves des écoles alentours ont parfois utilisé les jardins lors des cours d'éducation physique.
Sylvain-Joseph Ravel, longtemps architecte de la commune de Saint-Raphaël a dessiné de nombreux édifices privés comme publics. Ici nous trouvons le groupe scolaire de Roquebrune qui a été utilisé pour l'affiche de l'exposition (zoom sur la partie centrale).
Ce dessin de l'école supérieure de garçons de Toulon présente la particularité d'avoir les dessin des statues et blason de la ville.
Ce calque représente le collège Ferrié, il fait exception aux bornes chronologiques de l'exposition puisqu'il date du tout début XXe. On constate que la légende est constituée de lettres qui renvoient aux pièces.
Les bâtiments de soin
Ce magnifique projet pour l'hôpital psychiatrique de Pierrefeu n'a terminé que troisième ex-aequo. Il est pourtant magnifique.
Nous ne conservons malheureusement pas les travaux des autres participants.
Lors de la création de l'hôpital psychiatrique de Pierrefeu, un premier concours d'architecte a été lancé en 1882-1883, nous n'avons qu'un seul des projets reçus dont voici un extrait. Il s'agit d'une série d'aquarelles de l'architecte Kalas, arrivé 3e ex-aequo. Plus tard, il signera le pavillon du champagne pour l'exposition universelle de 1900.
Nous voyons ici la composition générale du projet. Les termes utilisés pour désigner les pathologies des patients sont péjoratifs aujourd'hui mais ils étaient normaux à l'époque, il n'a fait que reprendre les termes usités dans le cahier des charges du concours. On distingue sur la frise en haut la diversité des styles des bâtiments, tous différents, aspect qui a été apprécié par le jury.
Extrait de la gazette des architectes qui a publié le concours.
Le préfet a demandé une somme plus importante au président du Conseil général afin que les deux candidats 3ème ex-aequo puisse percevoir l'intégralité des 1 000 francs promis au 3ème. Ce concours-là n'a pas donné satisfaction et un second a été lancé en 1885-86, date qui correspond à la création de l'établissement.
à l'intérieur de ce rapport, nous trouvons les commentaires au sujet du projet Ophélia, de M. Kalas, architecte à Paris, qui a terminé troisième ex-aequo. Le jury trouve que "la disposition générale [...] bonne quoique donnant prise à quelques critiques et dont la distribution intérieure des pavillons laisse à désirer ; se fait remarquer par l'idée heureuse et habilement rendue, de faire disparaître l'aspect sérieux et monotone qui semble devoir caractériser le genre d'établissement dont il s'agit, en donnant aux divers bâtiments dont se compose l'asile, une physionomie gracieuse, gaie et surtout variée pour chacun d'eux. Mais le jury a trouvé que la fantaisie avait entraîné trop loin l'auteur de ce projet dans l'expression de sa pensée et lui avait fait négliger l'étude approfondie des détails de construction."
Les bâtiments culturels et de loisirs
Le théâtre de Draguignan et le casino d'Hyères sont présentés.
Esprit Lantoin réalise ici le théâtre de Draguignan, autorisé par Louis Philippe (document suivant).
Dans ce document, Louis-Philippe autorise la construction du théâtre de Draguignan.
Le papier, réalisé à base de chiffons recyclés, comprend, quand on le regarde à la lumière, un filigrane (photographie suivante) représentant le monarque sur le trône, tenant dans ses mains le sceptre et la main de justice, atribus royaux. Au-dessus de l'ovale, on voit une couronne.
Ce document est également embossé (gravure en relief) d'un cercle mentionnant "Ministère de l'Intérieur"
Dans le but de réaliser une copie d'un dessin, les architectes utilisaient la technique du cyanotype, aussi surnommé "bleu d'architecte". Technique proche de la photographie, il s'agit de mélanger des produits chimiques réactifs à la lumière et d'en enduire un papier, sur lequel on place le calque du dessin souhaité, placé sous une vitre, exposé au soleil, le fond devient gris. Après lavage et séchage, le fond apparaît bleu (cyan) et le dessin en blanc. Nous avons ici le casino, municipal à l'époque, de Hyères.
Les bâtiments de la vie quotidienne
Sylvain-Joseph Ravel signe ici le marché couvert de Saint-Raphaël. Ce cyanotype est conservé dans les travaux communaux (fonds 2 Op)
Le Sud connaît de fréquentes sécheresses, aussi les communes vont se doter de citernes. Ici le projet de la commune de Comps, conservé dans les archives communales. La toile calendrée se superpose exactement au dessin montré après. On voit que la plus grand partie de la citerne est souterraine, pour profiter de la température constante.
Dans cette délibération, le conseil municipal de Comps décide de se doter d'une citerne.
Nous retrouvons Esprit Lantoin avec ce projet de moulin pour la commune de Claviers. Il s'agit d'un moulin à ressence (après la première pression de l'huile dans un but alimentaire, une second pression est effectuée, au moulin à ressence, comme elle contient plus de résidus, elle est destiné à un usage non alimentaire, comme la fabrication de savon, par exemple). L'architecte nous montre ici son talent dans les détails des rouages du moulin.
Les transports
Les ports comme les chemins de fer nécessitent la création d'ouvrages d'art. Tantôt par des architectes, tantôt par des ingénieurs, toujours très esthétiques.
Nouvelle exception aux bornes chronologiques de l'exposition avec ce plan de la toute fin du XVIIIe, présentant donc une double échelle en toises et en mètres, qui représente le port d'Héraclée, ancien nom de Saint-Tropez.
zoom, plus tardif, de ce même plan, montrant des travaux, il est signé du Préfet d'Azémar, bien connu à Draguignan pour le parking qui porte son nom, qui autrefois était un parc public.
Ce plan et le suivant sont conservés dans le fonds privé d'Esprit Lantoin mais sont les seuls à ne pas porter sa signature caractéristique. Ils représentent des ponts à Fréjus, sur le Reyran.